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2009-12-10 01:11
interview/Divers

[Interview] PEGI, l'organisme européen nous explique comment se fait la classification des jeux


[Pockett.net] - En France et dans d'autres pays, les jeux vidéo sont souvent pointés du doigt, accusés de promouvoir la violence auprès des enfants. Ces jeux sont pourtant porteurs de diverses indications sur leur contenu et l'âge du public auquel ils sont destinés. En Europe, la classification est confiée à l'équipe PEGI (Pan European Game Information). C'est à Bruxelles, non loin des instances européennes, que nous lui avons rendu visite. Dirk Bosmans (responsable communication), Juergen Bänsch (responsable des relations avec l'Union Européenne), et Jennifer Wacrenier (chargée de la conformité) nous ont présenté leur action.




Pockett.net : Pouvez-vous vous présenter en quelques mots ?
Dirk Bosmans : L'Interactive Software Federation of Europe (ISFE) est la fédération de l'industrie du jeu vidéo. Ses membres sont des organisations nationales comme le SELL français (Syndicat des Editeurs de Logiciels de Loisirs) mais aussi des éditeurs comme Microsoft, Nintendo... L'ISFE est la fondatrice de PEGI, mais PEGI est un système indépendant.

Pockett.net : Comment fonctionne PEGI sur le plan financier ?
D. B. : Chaque société paye pour voir ses jeux classifiés.

Pockett.net : Qui s'occupe de la classification ?
D. B. : Ici, nous sommes sept à travailler sur la communication, etc. La classification proprement dite est faite par l'organisme Nicam aux Pays-Bas.

Pockett.net : Quelles sont les différentes étapes de cette classification ?
J. B. : D'abord, la société doit signer un contrat dans lequel elle s'engage à nous soumettre tous ses produits, pour des raisons déontologique. Ensuite pour chaque jeu, elle doit remplir en ligne un formulaire de 50 questions sur le contenu qui peut y être trouvé. On lui envoie alors une facture - en général c'est 2 000 € pour un jeu normal par plate-forme, mais pour une trentaine de pays d'un coup (pour les petits jeux, c'est moins cher). Ensuite, l'éditeur envoie le jeu, plus les extraits de jeu qui contiennent les éléments signalés directement accessibles à Nicam. L'équipe de Nicam teste alors ce jeu. Bien sûr, elles ne peuvent pas jouer au jeu en entier, parce qu'il y a parfois une infinité de cheminements possibles.
D. B. : Ce n'est pas une version beta qui est testée, c'est une version identique au jeu vendu.


Dirk Bosmans (responsable communication), Jennifer Wacrenier (chargée de la conformité) et Juergen Bänsch (responsable des relations avec l'Union Européenne)



Pockett.net : Combien de personnes s'occupent de ces tests ?
D. B. : Huit.

Pockett.net : Avec ce système déclaratif, que se passerait-il si un éditeur vous cachait une scène de sexe, par exemple ?
D. B. : Cela n'est pas encore arrivé.
J. B. : Aux Etats-Unis, il y avait une scène de sexe (avec vêtements) cachée dans le code du jeu GTA, dont personne n'était au courant chez l'éditeur, cela a été fait à son insu. En tout cas, cette affaire lui a coûté très cher. Cela a eu un impact principalement aux Etats-Unis, où le jeu a dû être revérifié et a obtenu une classification plus sévère.

Pockett.net : Nicam conserve un exemplaire du jeu envoyé en cas de problème ultérieur ? Cela doit lui faire une sacré collection...
D. B. : Oui, Nicam doit posséder environ 10 000 jeux.

Pockett.net : Etes-vous joueurs vous-mêmes et, si oui, quel a été le premier jeu auquel vous avez joué ?
D. B. : J'étais joueur sur PC, jusqu'à ce que mon précédent employeur m'offre une Xbox à mon départ. J'ai commencé sur ZX Spectrum, mon premier jeu était Arkanoid.
J. B. : Mon premier jeu était Space Invaders sur Atari VCS 2600.
J. W. : Ma première console était une Megadrive de Sega.

Pockett.net : Que pensez-vous des récentes déclarations de Nadine Morano, secrétaire d'Etat chargée de la Famille et de la Solidarité, contre la signalétique actuelle des jeux vidéo ?
D. B. : Nous ne connaissons pas tous les détails de cette affaire franco-française. Le SELL est plus apte à prendre position. Mais je suis d'autant plus surpris que nous supportons Pédagojeux [NDLR : un site d'informations sur les jeux qui nous avait été présenté, entre autre, par un porte-parole de Nadine Morano], qui est à notre sens un bon site en terme de contenu. PEGI est efficace, de plus en plus de parents le connaissent.
J. B. : Nadine Morano parlait surtout de la communication. Ses déclarations doivent être vues dans leur contexte. La plupart des pays européens utilisent PEGI. La version 2 avec ses logos n'a que quelques mois. Il a fallu du temps pour que toutes les nouvelles boites de jeux portent cette signalétique dans les magasins.
D. B. : Il y a un travail de communication encore à faire, de la part des éditeurs, des revendeurs, de la presse, mais aussi du gouvernement français. Après un certain temps, la plupart des gens sauront qu'il y a une classification.
J. W. : Les publicités à la télévision coûtent cher, le gouvernement peut aider à ce niveau.
J. B. : Une trentaine de pays utilisent PEGI. Cinq ou six l'ont même inclus dans leur loi (Autriche, Islande, Israël, Royaume-Uni...). Les autres pays coopèrent à des niveaux variables.

Pockett.net : Pourquoi l'Allemagne n'utilise-t-elle pas PEGI ?
D. B. : Pour une raison historique surtout, car le système allemand est assez vieux, il date des années 1990. Les décisions sont prises au niveau des provinces. Ce sera difficile à changer à cause des politiciens.
J. B. : Un fonctionnaire approuve la classification dans leur système. Le résultat final reste toutefois assez semblable au nôtre : on ne note que 20 % de différence, et pas toujours dans la même direction. Parfois les Allemands sont plus sévères, parfois c'est nous.
J. W. : Nous cherchons à rapprocher les systèmes et à collaborer, pour éviter les confusions dans l'esprit des consommateurs.

Pockett.net : On note pourtant déjà des différences entre les pays qui utilisent PEGI. Pourquoi ?
D. B. : Il n'y a pas de différences entre les pays. Le seul pays qui diffère est le Portugal, pour des raisons légales locales : les Portugais ont une tranche à partir de 4 ans au lieu de 3 ans dans les autres pays, et de 6 ans au lieu de 7 ans.

Pockett.net : Quel pourcentage de jeux est réservé aux plus de 18 ans ? Avez-vous noté des tendances dans la classification selon les plates-formes ?
J. B. : Moins de 5 % sont des jeux réservés aux plus de 18 ans. 50 % sont autorisés à partir de 3 ans. Les jeux DS sont plus souvent pour des joueurs plus jeunes. Sur Wii, c'était aussi le cas, mais on note de plus en plus de jeux pour des tranches plus âgées. Parfois, mais c'est rare, il arrive qu'un même titre n'ait pas la même classification selon les machines.

Pockett.net : A ce sujet, vous mettez des jeux PSP et PlayStation 3 dans une même rubrique PSN sur votre site Web alors que ce ne sont pas les mêmes machines. Ce n'est pas très clair...
J. B. : Les jeux sortent de plus en plus souvent sur plusieurs plates-formes. Nous allons donc de plus en plus vers une classification pour un groupe de machines. Actuellement, il n'y a pas besoin de repayer 2 000 € quand on demande une classification sur une seconde plate-forme : c'est seulement 1 000 €.


La PEGI Team au complet ! (De gauche à droite : Jürgen Bänsch, Simon Little, David Sweeney, Jennifer Wacrenier et Dirk Bosmans)



Pockett.net : Que faites-vous par rapport aux centaines de petits jeux on-line en Java ou Flash, par exemple, qui sortent chaque semaine ?
J. B. : Seul le gouvernement peut imposer une régulation sur le marché. Les concepteurs ne sont pas obligés d'adhérer au système PEGI. A nous de les inciter à le faire. Tous les jeux qui sont publié sur Xbox, les Sony PlayStation ou les consoles Nintendo doivent par exemple avoir une classification PEGI. Certaines sociétés sont très productives au niveau des petits jeux casual et il n'est pas possible de les facturer 2 000 € par jeu. Nous mettons donc en place une autre procédure pour les petits jeux (moins de 250 Mo arbitrairement) jouables en ligne ou téléchargeables. Nous y travaillons, les choses évoluent doucement.
D. B. : Il y a tellement de sites de jeux en ligne que nous sommes obligés d'avoir un système simple, attractif, accessible. S'il n'y a rien d'inapproprié dans un jeu, on lui décernera le label « PEGI OK » plus simple, sans classification. C'est le cas de la plupart des jeux. S'il y a des choses inappropriées, alors il faudra passer par le circuit classique de classification, mais pour 250 € seulement. Nous avons lancé un site PEGI Online dédié aux jeux en ligne.

Pockett.net : Si vous voulez classifier les jeux on-line ou iPhone par exemple, cela va en faire des centaines chaque semaine. Comment allez-vous faire pour tester tout cela ?
D. B. : Nous grossirons avec le système, puisque les éditeurs payeront cette croissance. C'est ce qui est arrivé à Nicam, ses employés étaient moins nombreux au début.

Pockett.net : PEGI aujourd'hui, c'est combien d'éditeurs et de jeux classifiés ?
D. B. : 490 sociétés sont membres de PEGI. En octobre 2009, nous avons classifié 240 jeux. Sur l'année, nous approchons des 3000.

Pockett.net : Comment classifiez-vous les jeux pornographiques ?
D. B. : Si nous parlons de vrais jeux pornographiques et pas seulement de strip poker avec des photos dénudées lorsqu'un niveau est terminé, je ne pense pas qu'on parle de beaucoup de jeux. Nous n'avons pas de traitement spécial pour eux, je dirais que ce sont des jeux réservés aux plus de 18 ans évidemment. Nintendo, Sony et Microsoft sont très stricts. Je ne peux pas parler pour eux, mais je doute qu'on trouve de tels jeux sur leurs machines. Ce sont donc plutôt des jeux PC et on-line. Nous sommes dans un système où chaque éditeur est libre d'adhérer. Une fois membre de PEGI, il doit bien sûr passer tous ses produits par PEGI. On peut dire aussi que nous travaillons avec presque tout les éditeurs. Les éditeurs de ces jeux ne nous ont pas contactés.

Pockett.net : Avez-vous des contacts avec d'autres organismes de classification dans le monde ?
D. B. : Nous avons bien sûr des contacts de temps en temps avec nos homologues aux Etats-Unis, en Australie et autres afin de partager nos expériences. Mais les Etats-Unis sont un unique pays, ont une seule loi, une seule langue, c'est donc très différent de nous avec tous les pays européens. Nous avons aussi des contacts avec la Russie et des pays arabes. Ces pays voudraient mettre en place PEGI ou des systèmes inspirés de PEGI. Il y a quelques temps, nos homologues japonais sont venus nous voir.

Pockett.net : Quel avenir pour PEGI ?
D. B. : Comme je vous l'ai dit, nous souhaitons mieux prendre en compte les jeux on-line et iPhone. Nous devons suivre l'évolution de l'industrie de très près.
J. B. : Nous souhaiterions que d'autres pays adoptent PEGI au niveau de la loi comme le Royaume-Uni. Des discussions sont en cours avec différents pays. Pour nous, la co-régulation est le chemin le plus efficace. Nous ne pouvons pas imposer une régulation sur le marché libre, ni à un revendeur de respecter notre signalétique et de refuser de vendre un jeu à une personne trop jeune, c'est aux gouvernements de le faire. Il y a un site internet, www.pedagojeux.fr, à l'initiative du gouvernement, de l'industrie et des associations parentales. Il apporte des informations spécifiquement pour les parents concernant le monde du jeu vidéo. Ce sont des initiatives collaboratives telles que celle-ci qui seront vraiment efficaces à long terme.

Pockett.net : Une anecdote pour finir ?
D. B. : Nous avons reçu des plaintes de consommateurs au sujet d'un jeu qui contenait, disaient-ils, du sexe alors que nous n'avions rien vu de tel dedans. En fait, on entendait quelques bruits seulement, rien de sexuel n'était montré à l'écran. Mais ces clients insistaient : pour eux, nous aurions du classifier le jeu comme contenant du sexe ! Nous avons donc modifié le questionnaire. Si un jeu contient du sexe, il est interdit aux moins de 18 ans. S'il y a une insinuation sexuelle, mais sans sexe, alors la limite est de 12 ans. Nous avons des groupes de travail chargés d'améliorer notre questionnaire, il évolue.


Autre anecdote : en sortant de la salle de réunion, Dirk Bosmans montre un large écran plat de télévision et les consoles Xbox 360, Wii et PlayStation 3. Il précise en souriant que bien que ces machines sont là depuis des mois, personne parmi eux n'a eu le temps d'y jouer encore.



Olivier A.

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